Comment j’ai créé mon premier plugin WordPress avec l’IA
Lorsque l’on découvre mon travail aujourd’hui, on voit d’abord l’architecture, le design, les matières, les objets, la scénographie, les environnements créatifs, la céramique ou encore mes recherches sur les structures et les espaces. Le développement web n’apparaît pas immédiatement au premier plan, et pourtant il accompagne mon parcours depuis plus de vingt ans. Je n’ai jamais réellement séparé les disciplines.
Pour moi, l’architecture, le design, l’écriture, la scénographie, le numérique ou le développement web relèvent d’une même logique : concevoir des environnements capables d’organiser des usages humains. Qu’il s’agisse d’un bâtiment, d’un site Internet, d’un atelier, d’une boutique en ligne ou d’un espace de travail collaboratif, la question reste finalement toujours la même : comment les personnes circulent-elles dans cet espace ? Comment découvrent-elles les informations ? Comment se repèrent-elles ? Comment l’environnement influence-t-il leur comportement, leur compréhension, leur confort ou leur manière d’interagir ? C’est probablement pour cette raison que je me suis intéressée très tôt au développement web.
Au début des années 2000, je me forme au GRETA au PHP, au HTML, au JavaScript, aux bases de données et aux premières notions de configuration serveur. Internet était alors très différent. Les CMS modernes étaient encore peu répandus et une grande partie du travail se faisait presque artisanalement. Nous développions des structures simples, souvent directement dans le code, avec une compréhension très concrète de la manière dont les pages se construisaient et communiquaient entre elles.
Je commence ensuite à travailler avec osCommerce puis Joomla sur plusieurs projets professionnels. Très rapidement, je m’intéresse à des problématiques techniques plus complexes, notamment l’encodage vidéo très bas débit. À cette époque, diffuser de la vidéo sur Internet demandait énormément d’optimisation, les connexions étant encore limitées. Cette spécialisation me conduit à travailler pour l’IUATLD à Paris dans le cadre d’une mission liée à la refonte de leur site web.
Cette expérience a profondément influencé ma manière de penser le numérique. Je n’étais pas là uniquement pour “faire un site”. Il fallait comprendre les usages humains derrière les outils. Rencontrer les différents services, comprendre leurs besoins, leurs méthodes de travail, leurs contraintes, leurs habitudes et parfois même leurs résistances. Mon rôle consistait à faire le lien entre les utilisateurs, le service informatique, la communication et les équipes extérieures chargées du développement.
Après analyse de leur environnement, je recommande une migration vers WordPress. À partir de là, je commence à travailler sur des maquettes, des workflows internes, des systèmes collaboratifs et des environnements numériques plus complexes. C’est également à cette période que je développe des analyses fonctionnelles SADT et des documents de pré-production web pour structurer les projets avant leur développement.
Avec le recul, je réalise que mon approche du web a toujours été profondément influencée par ma formation d’architecte. Je ne vois pas un site comme une simple succession de pages graphiques. Je le vois comme une architecture. Une architecture immatérielle certes, mais une architecture tout de même. Un site possède :
- des circulations ;
- des seuils ;
- des espaces publics et privés ;
- des niveaux d’accès ;
- des zones de transition ;
- des parcours utilisateurs ;
- des hiérarchies visibles et invisibles ;
- des points d’entrée ;
- des ouvertures ;
- des perspectives ;
- des fenêtres de vue.
Dans un bâtiment, l’architecture guide inconsciemment les comportements humains. Elle influence la manière dont on entre dans un lieu, dont on découvre les espaces, dont on progresse d’une pièce à l’autre. Le web fonctionne exactement de la même manière.
Une page d’accueil est une entrée.
Un menu est une circulation.
Une interface est une signalétique.
Une boutique est un parcours.
Un tableau de bord est un espace de contrôle.
Une hiérarchie typographique est une hiérarchie spatiale.
Je crois que c’est cette manière de penser qui m’a toujours intéressée dans le numérique. Le développement web n’a jamais été pour moi uniquement une question technique. C’est avant tout une manière d’organiser des environnements humains et cognitifs.
Pendant toutes ces années, même lorsque mon activité principale concernait davantage l’architecture, le design mobilier, la recherche ou la création artistique, je n’ai jamais complètement quitté le numérique. Je continuais à apprendre, expérimenter, observer l’évolution des usages et suivre les nouvelles technologies.
Le développement web a toujours eu sur moi un effet presque apaisant. Certaines personnes jardinent, restaurent des meubles anciens ou bricolent pour se détendre. Moi, j’ai toujours aimé construire des systèmes numériques. J’aime comprendre comment les outils communiquent entre eux, comment simplifier un flux complexe, comment rendre un environnement plus lisible et plus cohérent.
Puis l’intelligence artificielle est arrivée.
Je sais que l’IA suscite aujourd’hui beaucoup de débats dans les métiers créatifs et techniques. Pourtant, dans mon cas, elle a surtout joué un rôle d’accélérateur intellectuel. Elle n’a pas remplacé la réflexion ou les connaissances, mais elle a permis de reconnecter beaucoup plus rapidement des compétences anciennes avec les outils modernes.
Le développement web a énormément évolué depuis les années 2000. Les architectures logicielles, les frameworks, les pratiques et les méthodes sont devenus beaucoup plus complexes. Reprendre le développement moderne après des années consacrées à d’autres disciplines aurait demandé énormément de temps. L’IA m’a permis d’expérimenter rapidement, de tester des structures, de corriger du code, de comprendre des architectures modernes et surtout de continuer à apprendre en permanence. C’est dans ce contexte qu’est né mon premier plugin WordPress : WooCommerce Abby Sync.
Le point de départ était très concret. En travaillant sur WooCommerce, je me suis retrouvée confrontée à des problématiques françaises de TVA, de comptabilité et de conformité administrative. Comme beaucoup d’indépendants, artistes, designers ou petites structures, je cherchais une manière cohérente de faire communiquer les outils entre eux sans dépendre d’infrastructures extrêmement lourdes ou complexes.
Aujourd’hui, beaucoup de flux numériques passent par des couches intermédiaires comme Zapier ou Make. Ces outils sont utiles, mais ils peuvent rapidement transformer des workflows simples en systèmes fragiles, difficiles à maintenir et parfois peu lisibles pour les utilisateurs. Je voulais quelque chose de plus direct.
WooCommerce devait rester l’environnement commercial : les produits, les prix, les commandes, la TVA, les paiements, les clients. Abby devait rester l’environnement comptable. Entre les deux, je voulais construire un pont léger, stable et compréhensible.
Le plugin est né progressivement, avec beaucoup de tests, d’erreurs, de corrections et d’ajustements. Les questions de TVA françaises, de doublons clients, de synchronisation des factures brouillon, de logique comptable et de conformité réglementaire sont rapidement devenues centrales.
Finalement, ce projet résume assez bien ma manière de travailler depuis toujours : observer des usages réels, comprendre les contraintes humaines et techniques, puis construire des systèmes cohérents capables de simplifier des environnements parfois devenus inutilement complexes.
Je ne me considère pas comme une développeuse issue d’un parcours informatique classique. Mon approche reste profondément liée à l’architecture, au design, à l’analyse fonctionnelle et à la manière dont les humains habitent les espaces — qu’ils soient physiques ou numériques.
Et peut-être est-ce précisément là que se trouve aujourd’hui mon intérêt pour le développement assisté par intelligence artificielle : la possibilité de réunir enfin plusieurs disciplines que j’ai longtemps pratiquées séparément.














